LES RENDEZ VOUS DU MONT VENTOUX

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Avec son sommet recouvert de pierrailles blanches, qui à distance font l’effet de neiges éternelles, le Mont Ventoux est devenu au fil des siècles une montagne mythique. Dans un paysage de plaines et de collines, ses 1912 mètres d’altitude le placent au dessus du lot : aucune cime concurrente à l’horizon. Alors, bien sûr, on le remarque de loin. Et on rêve de l’approcher tant il exerce sur chacun une réelle fascination.

Tous les superlatifs ont été égrenés à son sujet. Qui n’a entendu les radios à l’occasion du Tour de France cycliste ! C’est une terre de souffrance pour les coureurs du peloton. Sur sa base forestière, tout le monde passe sans trop de soucis. Les différences s’observent lorsque la verdure cède la place à la roche. Les envolées lyriques des commentateurs sont à la hauteur de l’événement.

Ce Mont Ventoux, placé en limite nord de la Provence, est bien une terre de contrastes. Une terre où tout s’exprime dans l’amplitude : froid de l’hiver, chaud de l’été, puissance du vent. Son sommet et les villages des vallées offrent en échange une diversité de panoramas et d’activités humaines stupéfiantes. Pour une découverte de cette merveille provençale, une bonne adresse : l’Office de Tourisme de Vaison-la-Romaine, qui voisine le site antique de la ville. Soucieuse de communiquer, Lise Trincaretto, directrice de l’office, a récemment guidé les journalistes de la presse touristique sur une sélection de l’année, en commençant par son activité préférée, la randonnée lever de soleil au Ventoux.

« C’est sûr qu’il faut un minimum de condition physique, dit-elle, pour aligner 12 km de montée et autant pour redescendre. Mais tout du long ce n’est que pur bonheur. Départ à 23 heures. C’est mieux les soirs de pleine lune. Une lampe frontale se montre fort utile par moment. En avançant, c’est comme une introspection qui commence. L’obscurité renforce l’ouïe. Elle révèle les sons du Ventoux durant la nuit, en partie le fait des animaux qui circulent eux aussi. L’odorat se renforce. On respire la fraîcheur qui s’avance, les essences des arbres qui se réveillent. On les entend presque raconter leur journée passée au soleil. Avec la marche, on sent son esprit partir, donner un autre sens à l’environnement nocturne. Les pauses permettent de se ravitailler et de sympathiser avec les autres marcheurs rêveurs. Vers 5 heures, au coin du feu dans la bergerie, on comate en attendant le moment ultime du lever du soleil. Puis c’est le feu d’artifice ! Alors, dopé par une énergie inconnue, on redescend en partageant les impressions, en les revivant et c’est déjà fini. Ne reste que le souvenir et l’envie de recommencer. Notre conseil : Cédric Demangeon, guide accompagnateur en montagne diplômé d’Etat, est le spécialiste du Ventoux. Il saura juger de votre préparation physique pour aborder l’épreuve dans les meilleures conditions. En hiver, c’est en raquettes qu’il fait découvrir le Géant. »

Les choix de Lise se poursuivent par le Site Archéologique gallo-romain de Vaison, le plus grand à ciel ouvert d’Europe. On évolue à travers les fondations retrouvées de riches maisons patriciennes aux dimensions exceptionnelles et dans les thermes, puis dans les rues pavées des quartiers commerçants. C’est une immersion dans la vie quotidienne d’il y a deux mille ans, au temps de l’opulente cité antique Vasio devenue Vaison-la-Romaine. Le pont qui traverse encore l’Ouvèze est d’époque, tout comme le théâtre antique avec ses six mille places. Dégagé et réhabilité, il est devenu le cadre des meilleurs événements artistiques de l’été.

Les caves viticoles ne manquent pas en Vaucluse. De nombreux vignerons du Ventoux produisent des vins excellents, le plus souvent en culture biologique, raisonnée ou biodynamique, qui réjouissent le palais et mettent les papilles en fête. On les trouvent près des villages de Rasteau, Mollans-sur-Ouvèze, Séguret, Vaison, Sablet, Entrechaux, Puyméras, Cairanne. Il y a aussi le village de Crestet, avec sur les hauteurs des Dentelles de Montmirail le Domaine de La Verrière. C’est là qu’on produit les vins Chêne Bleu. « L’altitude du domaine, autour de 550 m, déclare Nicole Rolet, maîtresse des lieux, apporte une fraîcheur inégalée à nos raisins baignés de soleil, une condition idéale pour produire des vins haut de gamme ». Xavier et Nicole Rolet ont entrepris la restauration d’un prieuré médiéval il y a une vingtaine d’années avec l’idée de restructurer ses 35 hectares de vignoble qui sommeillaient depuis des siècles. Ils disent avoir été comme envoutés par la beauté du site et ils ont fait le nécessaire pour lui rendre sa vraie valeur. A La Verrière, on vend du vin mais pas que. Plusieurs offres oenotouristiques sont autant de raisons d’aller rendre visite au domaine. Jusqu’à fin septembre et sur réservation, on peut goûter les vins à l’occasion des compositions maison de Paniers Pique-Nique, de ChênoBox, d’un repas dit Table du Potager, les légumes venant du potager de la maison. Les mercredis aussi, en fin d’après-midi, possibilité d’avoir avec un verre de vin un assemblage délicat de charcuteries et de fromages du pays. Le parc a été paysagé dans un esprit naturel où l’on se sent bien. Il se glisse jusque dans les vignes, auprès des bâtiments d’habitation, de réception et des celliers. Un grand potager bio grand chic et un assemblage de carrés de plantes aromatiques très branché ajoutent d’autres charmes.

La découverte réussie d’une région passe bien entendu par la rencontre de lieux pittoresques dont on gardera un bon souvenir une fois rentré à la maison. C’est bien le cas d’une table d’hôte, VentouYama, celle de Jean-Marc Satinet à Mollans-sur-Ouvèze. Jean-Marc est ouvert sur les cuisines libanaises, indiennes et des sud (s) en général. Le menu peut se discuter lors de la réservation. Salle à manger ouverte sur un jardin singulier qui transcrit bien les fantaisies créatives du chef. A la même adresse, sa compagne la plasticienne Florence Gosset peint sur des supports très variés et la visite de son atelier agrémente bien la soirée. Prix raisonnables !

Autre adresse pour une « session alimentaire inoubliable » à Brantes, village haut perché de la vallée du Toulourenc. Sur ce nid d’aigle habité par une trentaine de personnes en hiver, le double à la belle saison, il y a cette histoire où deux femmes ont associé leurs talents. Odile Daniel a rejoint Jacqueline à Brantes il y a sept ans pour ouvrir une école du goût. Jacqueline Toumissin « est de Brantes » depuis toujours. Enfant elle accompagnait sa grand-mère sur les chemins pour récolter les plantes qui nourrissent tels fenouil, pourpier, plantain, coquelicot, bourrache, campanule, que ce soit par leurs feuilles, leurs fleurs ou leurs racines. La grand-mère nommait les plantes en langue provençale. La petite Jacqueline a grandi, a poursuivi ses recherches sur les plantes sauvages à vertus alimentaires et a retrouvé leur appellation française. Puis en latin puisque c’est bien sûr et seulement le nom latin qui permet de savoir à coup sûr l’identité de ce dont on parle. Si l’on apprend à reconnaitre les plantes comestibles, on apprend dans le même temps à distinguer celles qui transportent dans leur sève des substances dangereuses pour la santé comme la célèbre rue (Ruta graveolens) longtemps utilisée dans la pharmacopée populaire pour son pouvoir abortif. Jacqueline et Odile, ce duo de femmes curieuses de ce qui se mange, ont progressivement découvert que les herbes les plus ordinaires et rarement utilisées en cuisine pouvaient être délicieuses à condition de bien les traiter. Selon les préparations, consoude, ortie, graine de tournesol se révèlent goûteuses si on les sèche, huile, sale et associe avec recherche. Bref, ces deux amies se sont réunies pour ouvrir échoppe portant fièrement la bannière de « Les Aventurières du Goût ». Devant le succès d’estime vite rencontré et l’appui des services touristiques locaux, elles ont développé un programme. Elles proposent sur réservation des matinées cueillettes sur les sentiers et venelles. On démarre muni de paniers et sur les conseils de Jacqueline on s’empare de telle ou telle plante. Puis on revient à la maison et on imagine des recettes en fonction de ce que l’on a rapporté et des provisions de matières plus traditionnelles tenues en réserve dans les placards.

On ne quitte pas Brantes sans rendre visite à Véronique Dornier, la merveilleuse santonnière. Dans sa boutique, elle peint devant les visiteurs toute une gamme de personnages de crèches. On peut se faire plaisir à bon compte avec les petits modèles.

Et bien sûr quand on parle de Provence, on ne manque pas d’évoquer les nombreux et typiques villages qu’on découvre hors des grands axes. Le Pays Vaison-Ventoux a fait ses comptes. Il en a relevé 19 qui méritent le détour pour les découvrir. Et même le voyage comme c’est le cas pour Séguret, village de pierres replié sur lui-même et caché par ses remparts. Séguret est membre de l’Association des Beaux Villages de France qui pour l’instant en compte 154. La vue sur la plaine est impressionnante, surtout lors des diners en plein air depuis le restaurant Côté Terrasse. Ici tout est beau, la nourriture excellente et l’animation à son meilleur.

Carnet d’adresses :

www.vaison-ventoux-tourisme.com
cedric.demangeon@gmail.com (06 10 33 55 12)

www.chenebleu.com/francais

04 90 10 06 30
Chemin de la Verrière
84110 Crestet

www.facebook.com/ventouyama/

lesaventurieresdugout.org

Anne-Marie Vaysse, chambres à Entrechaux
06 20 26 84 70

www.legirocedre.fr

Restaurant Côté Terrasse, au coeur de Séguret, rue des Poternes, 04 90 28 03 48

Véronique Dornier, la santonnière de Brantes, 06 98 46 65 01

www.les-plus-beaux-villages-de-france.org/fr