MULHOUSE VILLE D’ART ET D’HISTOIRE OUVERTE AUX BONSAÏS

Le ville de Mulhouse, en Alsace, s’est vue attribuer par le Ministère de la Culture en 2008 le label Ville d’art et d’histoire. Elle mène une intense activité culturelle au travers de sa Maison du patrimoine en organisant des visites et des animations à l’intention de tous les publics. Au delà de son Musée des Beaux-Arts déjà évoqué sur ce blog on peut voir à Mulhouse la cité de l’automobile, la cité du train, la grange à bécanes, le musée de l’impression sur étoffes, le musée Electropolis, le centre d’art contemporain nommé la Kunsthalle pour n’en citer que quelques uns. Pour fêter le 160ème anniversaire des relations diplomatiques entre le Japon et la France, Mulhouse a tenu à recevoir en octobre 2018 le Congrès mondial du Bonsaï Clubs International, belle façon de rendre un hommage appuyé à ce pays ami via un événement concernant les bonsaïs. Nous évoquons là des arbustes cultivés en pots et nanifiés par des pratiques élaborées au Japon et ailleurs en Asie depuis plusieurs siècles.

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Le Congrès mondial du BCI se déroule tous les ans dans un endroit différent du globe. Il attire des milliers de visiteurs et les « mordus » de bonsaïs. On pouvait découvrir à Mulhouse 240 sujets choisis parmi les plus beaux arbres européens et français, certains issus de collections privées jamais exposés, les plus beaux Ishitsuki (arbres plantés sur des roches), les plus anciens oliviers bonsaïs d’Espagne et trois gigantesques forêts exceptionnelles dont la « Forêt de la Paix » réalisée en 2014 par cinq démonstrateurs internationaux, représentant chacun un continent, forêt offerte et exposée aujourd’hui au Jardin Albert Khan, près de Paris, jardin bien connu des amateurs d’art asiatique.

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Acer palmatum ‘Shishigashira’

Qu’est-ce qu’un bonsaï ?
Le véritable bonsaï est obtenu en prélevant dans la nature un arbre qui a poussé dans des conditions difficiles en haute montagne, les Alpes par exemple. Pour les bouddhistes Zen, ces arbres ont valeur de symbole. Ils ont su dépasser la souffrance, créer une forme de beauté unique et montrer une véritable sérénité. Ces arbres sont ensuite acclimatés en pot, puis travaillés par la taille et la ligature des branches. Le créateur de bonsaï ne veut pas faire un modèle réduit ! Il cherche à évoquer un arbre sublimé par la pensée, un peu à la manière d’un peintre qui s’inspire d’une vue mais ne s’oblige pas à la reproduire avec exactitude. L’un et l’autre essaient d’évoquer l’émotion qu’ils ressentent devant une scène de nature.

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Fagus crenata

Les bonsaïs vivent dehors toute l’année et font l’objet de soins attentifs, quasi quotidiens. Si tout se passe bien, ils vieilliront plus longtemps que leurs congénères restés dans la nature. Ils ne sont donc pas plus fragiles, surtout si ce sont des espèces autochtones comme pins, ifs, mélèzes, épicéas, buis, aubépines. Il semble que le sujet le plus ancien soit un Pinus parviflora âgé de 500 ans environ. Il est exposé à Tokyo dans le Takagi bonsaï museum. L’art du bonsaï est donc bien une école de patience et de modestie. Car il faut savoir se mettre humblement au service de l’arbre et se plier avec bonheur aux règles que nous impose la nature, à commencer par celle du temps qui passe.

IMG_2571 Pinus parviflora
Pinus parviflora

Un point de vue historique.
La culture des plantes en pots a débuté en Egypte il y a environ 4000 ans pour des raisons pratiques liées à l’utilité et la mobilité. Grecs, Perses, Indiens copièrent la technique. Les Chinois semblent être les premiers à cultiver des arbres en pots dans un but esthétique il y a 2000 ans. On ne parle pas encore de bonsaï mais de penjing : la présentation d’un paysage dans une coupe. L’art du bonsaï démarre au Japon à l’époque de Heian (794-1192). Un événement marque la fin du XIème siècle, l’entrée du bouddhisme zen au Japon qui influence les hautes classes de la société. Durant la période Kamakura (1192-1333), les bonsaïs sont assimilés aux objets d’art. Ils symbolisent  l’éternité et l’harmonie entre l’homme et la nature. Ils sont signe de grandeur pour les seigneurs de l’époque. Objets de luxe, ils représentent bien un nouvel état d’être dont le raffinement est poussé à l’extrême.

IMG_2559 Buxus sempervirens
Buxus sempervirens

Il faut attendre la troisième exposition universelle de Paris de 1878 pour les voir arriver en Europe. La Gazette des Beaux-Arts de l’époque évoque l’événement sous la plume de Paul Sédille. Albert Maumené en 1902, célèbre plume jardinière, leur consacre une étude. Et c’est Rémy Samson qui les rend définitivement populaires en les cultivant en grand en région parisienne et par les ouvrages qu’il leur consacre, avec son épouse, à partir des années 1980. Il suivait en cela le sillon tracé par sa maman Colette Baumann, une des plus célèbres fleuristes du Boulevard du Montparnasse, à Paris.

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Avant de découvrir les nombreux objets d’édition existants sur le marché français et européen, les amateurs de cet art ancien peuvent commencer par lire le long article présenté dans wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Bonsaï

Côté pratique pour choisir les végétaux les plus adaptés et savoir comment les élever, voir un des meilleurs sites internet sur le sujet :
https://www.bonsaiempire.fr
http://www.leparisien.fr/espace-premium/hauts-de-seine-92/a-chatenay-malabry-le-roi-des-bonsais-prend-sa-retraite-22-04-2014-3784771.php

LES SECRETS D’UN CUEILLEUR DE PLANTES

Ethnobotaniste de réputation internationale, François Couplan a tracé un chemin dans l’art de prélever dans la nature les plantes sauvages comestibles. En collaboration avec le chef étoilé Marc Veyrat, il a appris à les utiliser en cuisine de la meilleure façon. Dans son dernier livre publié chez Larousse fin 2018, un pavé de 450 pages, il rassemble l’essentiel de ses connaissances acquises pendant une cinquantaine d’années passées sur le terrain. Chaque plante est assortie d’une rubrique « confusions possibles » qui présente les végétaux d’aspect voisin et à la consommation risquée. Voici un livre vivant agréablement présenté qu’on aura plaisir à lire par petites goulées, au fur et à mesure des besoins.

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La cuisine des plantes sauvages est à la mode. Une mode vieille de plusieurs milliers d’années puisque l’homme se nourrit depuis toujours des végétaux que lui offre la nature. Toutefois en Occident de nos jours, notre assiette est surtout remplie de légumes et de fruits cultivés bien souvent d’origine exotique. Pourtant des centaines de plantes comestibles nous entourent et il suffit de se baisser pour les ramasser. Mais encore faut-il les connaître et savoir les reconnaître. Cela s’apprend, pour autant qu’on en ait le goût. Il y a les livres et aussi la fréquentation d’associations qui proposent des stages de découverte de plantes sauvages comestibles et médicinales. François Couplan a mis au point des modules d’enseignement « sur le terrain » sur la base d’une journée, d’un week-end ou d’une semaine. Il opère en France, en Suisse et en Belgique. Pour lui, il est nécessaire de prendre le temps d’observer, mais aussi de toucher, de sentir, de goûter. Il estime que c’est surtout cette approche sensorielle qui permet de développer une relation avec la plante et de découvrir les moyens simples et efficaces de l’identifier. De fâcheuses méprises peuvent ainsi être évitées. Alors que les yeux ont souvent du mal à distinguer les feuilles de consoude de celles de la digitale, les doigts sentent immédiatement que les premières sont très rêches tandis que les autres sont douces et laineuses. Les confusions de ce type sont nombreuses. Un seul exemple : les feuilles d’ail aux ours, excellent condiment, sont fines et souples alors que celle du colchique, détestable poison, sont épaisses et raides. La promenade est assortie de leçons de botanique. Connaitre l’étymologie latine ou grecque du nom scientifique du végétal observé permet de mieux comprendre la plante, de mieux retenir son nom. Et pour finir il faut passer à table pour profiter de la récolte. Chacun y va de sa recette et François Couplan livre pour chaque plante les siennes acquises par l’expérience et les nombreux contacts établis avec les chefs de cuisine tout au long de sa vie.

A défaut de pouvoir suivre les cours, il reste le livre qui présente à peu près tout ce qu’on trouve chez nous à l’état sauvage, en plaine comme en montagne, en région méditerranéenne, en Amérique, en Extrême orient, en Asie. Les plantes exotiques sont proposées sur certains marchés des grandes villes et on peut parfois les cultiver dans son jardin. François les a connues en voyageant et a étudié les façons de les cuisiner agréablement. Pour vous donner envie d’aller plus loin, voici trois exemples.

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Maceron, Smyrnium olusatrum. Une Apiacée (ce nom remplace l’ancienne famille des Ombellifères). Les racines du maceron sont comestibles lorsqu’elles sont très jeunes. On consomme surtout les pousses, les feuilles développées et les jeunes tiges tendres, très aromatiques. Les feuilles permettent de faire d’excellents gratins nous assure François Couplan. On ne peut que le croire ! Et les fleurs parfument les desserts et les boissons.

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Tout le monde connait le sureau noir, Sambucus nigra, de la famille des Adoxacées. De la taille d’un arbuste il peut atteindre avec le temps celle d’un arbre, jusqu’à 10 mètres de haut. Il offre au printemps ses fleurs odorantes, puis en automne des fruits juteux. Il faut éviter de les manger crus. Les usages pullulent : sirop, beignet, vin pétillant, confiture et François Couplan propose même une recette de velouté de carottes aux fleurs de sureau.

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Et enfin le cormier, dit encore le sorbier domestique, Sorbus domestica, famille des Rosacées. Assez commun autrefois dans les haies bocagères, où il pouvait produire un arbre de belle taille (15 m). On le replante depuis quelques années. Ses fruits sont consommables seulement lorsqu’ils sont blets, souvent après le premier gel de novembre. François est ravi de mentionner les nombreuses possibilités pour s’en régaler. Dont une fameuse compote qu’on obtient en passant les cormes au moulin à légumes pour éliminer peau et pépins. Il conseille de tartiner la purée obtenue sur des galettes de sarrasin bien croquantes. Un régal semble-t-il !

Plantes sauvages comestibles 24,95 euros
https://www.editions-larousse.fr/livre/plantes-sauvages-comestibles-9782035930804
www.couplan.com
©photos de François Couplan, Biosphoto et Thinkstock.